KING CRIMSON - red - 1974

Septième et dernier album de la première période du groupe.

Alors que l'album n'est pas encore sorti, Robert Fripp annonce à ses deux partenaires, John Wetton et Bill Bruford, sur lesquels il s'était déjà beaucoup déchargé lors des séances d'enregistrement, qu'il a décidé de mettre un terme à l'histoire du Roi Cramoisi. Pour faire vite, Fripp s'avouera las d'une vie qu'il voudrait maîtriser davantage et dont l'emploi du temps l'asphyxie psychologiquement.

Et pourtant ce King Crimson là devait annoncer un renouveau stylistique, une "simplification" du propos pour se concentrer sur l'énergie et la puissance sonore - demandée par John Wetton - et qui conduirait inexorablement David Cross vers la sortie, lui qui ne peut plus s'exprimer au violon étouffé qu'il est par le volume sonore du groupe, volume sonore revendiqué sur le verso de la pochette en la présence d'un vu-mètre. Le recto, lui, renonce à toute sophistication cérébrale et affiche les visages des trois membres à l'instar d'un pur groupe de rock, d'un power trio.

Ce côté basique assumé, on le retrouve sur la face A de l'album avec trois pièces emplies d'une redoutable efficacité, et qui, d'aucun l'affirmeront, a influencé Nirvana et ce qui deviendra le courant grunge.

La face B contient deux titres, providence, improvisation live qui pourrait sembler être le pont entre ce qui était un quartette et qui est devenu un trio tant la puissance de celui-ci ne laisse aucune porte accessible à son ex-violoniste.

Et puis il y a starless !! Sarless est, à mon humble avis, un des plus beaux thèmes musicaux jamais écrits, aux côtés du premier trio de Brahms ou des Klavierstücke  D. 946 de Schubert. Tout y est, une voix exceptionnelle, une construction habile, une mélancolie (merci Wetton) que l'on pourrait rapprocher aisément du mouvement romantique du XIXème siècle, tout cela nous amenant à une envolée contrôlée de Ian McDonald, nous délivrant enfin d'une tension gérée par une rythmique serrée sur une note répétée ad libitum par la guitare.

Fripp se retranchera un temps chez des adeptes de Gurdjieff pour construira son beau duo avec Brian Eno, pour enfin revenir, au début des années 80 avec une nouvelle formule de King Crimson.

L'artwork est de John Kosh.


 - Robert Fripp : guitares, mellotron
 - John Wetton : basse, chant
 - Bill Bruford : batterie

 - David Cross : violon
 - Mel Collins : saxophone soprano
 - Ian McDonald : saxophoen alto
 - Robin Miller : hautbois
 - Marc Charig : cornet



EG records
réédition : Discipline Global Mobile



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